402GMS
Programme
Étude urbaine
Lieu
Région de Bruxelles-Capitale
Date
2023 - 2026
Thématiques
Urbain, Inclusif, Marché public
Phase
Terminé
Surfaces
-
Equipe
Muriel Sacco (ULB- AGS) , Victor Lacôte (Consultant LGBTQIA+), Eva Kail (Experte Gender Planing)
Client
perspective.brussels
Budget
-
Une approche intersectionnelle de la planification bruxelloise
Les espaces urbains ne sont pas neutres, ils sont traversés par des rapports sociaux de pouvoir.
(Par espaces urbains, nous nous référons à l’ensemble des infrastructures bâties ou non bâties qui composent la ville). Ces dynamiques produisent des inégalités - de sources et formes multiples - qui bénéficient majoritairement aux hommes et marginalisent les femmes ainsi que les minorités de genre.
Bruxelles ne fait pas exception. Si la question du genre fait désormais l’objet d’ambitions et d’engagements politiques, les études et travaux disponibles restent encore peu nombreux et ne permettent pas d’établir une vision transversale et spatialisée des inégalités de genre. Cette démarche de gender mainstreaming – initiée par Perspective - vise à inscrire ces réalités dans le champ élargi de la planification à travers une étude couvrant l’ensemble des thématiques urbaines. Elle croise une approche intersectionnelle des enjeux de genre avec les outils propres à la planification, afin d’établir un diagnostic territorialisé capable d’identifier des leviers d’actions pour le développement futur de la ville.
Ce diagnostic s’organise autour d’une vision engagée et inclusive de la ville qui se décline à travers 5 prismes : La ville juste interroge la distribution territoriale des ressources et les mécanismes de relégation. La ville plurielle examine la reconnaissance des usages et des corps minorisés dans l’espace public. La ville revendiquée analyse les conditions d’accès à la gouvernance et à la représentation. La ville capacitante évalue les supports matériels de l’autonomie — mobilité(s), équipements, formation, emploi. La ville épanouissante considère les dimensions culturelles, relationnelles et temporelles de l’expérience urbaine.
Cette vision constitue un cadre de relecture critique des questions urbaines et politiques sectorielles de l’aménagement ( logement, équipements, mobilité, économie…) à partir des expériences différenciées de la ville.

Une recherche exploratoire du territoire bruxellois
Afin de concrétiser ces ambitions, la démarche combine analyse territoriale, enquête de terrain et mise en perspective comparative.
Elle mobilise des données statistiques et cartographiques issues de Perspective et d’autres organismes régionaux. Ces éléments sont croisés avec des entretiens semi-directifs menés auprès de personnes issues de groupes minorisés, ainsi qu’auprès du réseau associatif et des acteur·ices de terrain. Ce travail cherche à offrir une lecture qui articule genre, sexualités, situation socio-économique, ethnicité, âge, et handicap. Il s’agit d’appréhender la diversité des expériences urbaines mais également le cumul des discriminations vécues.
L’analyse s’appuie également sur un état de l’art décloisonné de la littérature, incluant travaux académiques et littérature grise. Les associations et mouvements sociaux ayant produit des analyses et expérimentations pionnières sur la dimension genrée des espaces urbains ; leurs apports constituent un socle indispensable.
Enfin, un travail comparatif examine des démarches développées dans d’autres villes présentant des démarches et/ou des structures socio-spatiales comparables. Cette mise en regard situe Bruxelles dans un ensemble de pratiques existantes et opérationnalisables.

Logement, services et inégalités d’accès à la ville
Les inégalités de genre structurent l’(in)accessibilité aux services de première nécessité comme le logement, l’approvisionnement quotidien, les soins et les services pour les enfants. De nombreuses données statistiques, montrent que les femmes seules, les familles monoparentales et les femmes âgées sont surreprésentés dans les logements sociaux dû aux faibles ou à l’absence de revenus. Elles sont également plus exposées à la problématique du mal-logement, tout comme les personnes LGTBQIA+.
Les enjeux de mobilité sont centraux, d’autant que les femmes se déplacent davantage à pied ou en transports publics à Bruxelles. L’accès limité à la voiture, combiné à une périphérie féminisée, complexifie les activités quotidiennes, notamment liées au care. En matière de santé, les femmes et les personnes LGBTQIA+ font face à des obstacles allant du non-recours aux discriminations. Les structures de proximité comme les maisons médicales ou les structures spécialisés constituent des relais importants qui méritent plus de reconnaissance dans la planification. Enfin, il existe encore un accès inégal aux services de garde qui limite les possibilités d’emploi, en particulier pour les femmes précaires ainsi que des grandes distances à parcourir pour l’enseignement spécialisée où les enfants requièrent de l’accompagnement parentale.
← Répartition dans le logement social par sexe et âge - Source : SLRB, 2020

"En termes de planification urbaine, il faut réfléchir à faire toutes les zones de proximité et tous les services de proximité [...] C'est un truc banal, mais tellement essentiel pour faciliter la vie des femmes, des jeunes femmes, des femmes âgées, des femmes... amies [...] "
Personne X
Usages différenciés et normes implicites de l’espace public
L’espace public et son aménagement reste structuré par des normes implicites qui favorisent les corps masculins, valides et conformes, et contraignent la présence des femmes et des personnes LGTBQIA+. L’invisibilisation des femmes dans l’espace public est reconnue par plusieurs diagnostics de terrain à Bruxelles. On remarque un retrait de l’espace public à partir de l’adolescence et un retour de légitimité lorsqu’elles deviennent mères.
Les inégalités de genre dans l’espace public se traduisent par le recours aux stratégies d’évitement, de retrait, limitation des horaires, ajustement des comportements ou de l’apparence… Les violences et le harcèlement, particulièrement à l’encontre des femmes et des personnes LGBTQIA+, renforcent ces dynamiques.
Face à ces contraintes, des espaces refuges ont émergé dans la scène urbaine bruxelloise : lieux en non-mixité choisie, espaces communautaires, occupations temporaires….Bien que souvent précaires, ils permettent l’expression libre des identités, soutiennent les sociabilités communautaires et constituent des formes de résistance aux normes dominantes. La reconnaissance et la pérennité de ces lieux constituent un enjeu urbain et politique majeur.
"J'ai recours à des stratégies d'évitement de jour comme nuit. J'utilise aussi des techniques pour me cacher. Par exemple, tout à l'heure je me suis cachée derrière un poteau et j'ai mis mon sac devant mes fesses pour éviter les regards d'un groupe d'hommes"
X Femme racisée, 28 ans
« Ma stratégie principale c'est le vélo qui me permet d'éviter tout le monde sinon j'enfile un gros jogging ou j'emprunte des rues parallèles pour rentrer chez moi "
X personne non-binaire, 25 ans, travailleur·euse du sex
Visibilité, pouvoir et représentation dans la sphère publique
Les dynamiques de visibilité et de pouvoir en région bruxelloise restent marquées par des rapports de genre inégalitaires. La mémoire et les représentations dans l’espace publique demeurent largement centrées sur des figures masculines cisgenres et la visibilité queer oscille souvent entre reconnaissance symbolique et stratégies de « rainbow-washing », sans transformation structurelle. En réponse, des initiatives féministes et queer portées principalement par des associations cherchent de plus en plus à rendre visibles des figures minorisées et à contester les normes dominantes. Ce tissu associatif joue un rôle central dans l’accès à la ville, l’émancipation et dans la création de « safe spaces » pour libérer la parole. Si certaines structures parviennent à dialoguer avec les pouvoirs publics, d’autres restent fragilisées, tant au niveau financier que par rapport à leur pérennité spatiale.
Du côté de la visibilité au niveau politique et dans les postes de prise de décision, la parité reste partielle : si les femmes sont plus présentes, elles demeurent sous-représentées dans les postes stratégiques, tandis que les secteurs liés au care sont davantage féminisés. Au niveau de l’aménagement urbain, une représentativité au sein des dispositifs participatifs permettrait de comprendre les besoins différenciés et garantir la co-construction d’une ville plus inclusive. Cependant, peu des données sont aujourd’hui accessibles sur la participation des femmes et personnes LGTBQIA+ dans la conception des projets urbains bruxellois.
← Répartition par genre des noms de rues et voiries(hommes, femmes, identités trans et non binaires, collectifs/mixtes, indéterminés) - Source : EqualStreetNames, Open Knowledge Belgium et le collectif Noms Peut-Etre



Entre une féminisation des diplômes et la ségrégation du monde du travail
Les femmes sont surreprésentées au sein des infrastructures d’enseignement supérieur, cependant, elles rentabilisent moins leur diplômes que les hommes sur le marché de l’emploi. Le taux d’activité des femmes à Bruxelles demeure inférieur à celui des hommes. Une spécificité des femmes est le recours fréquent au temps partiel, souvent lié aux responsabilités familiales, qui fragilise leurs trajectoires et accentue les écarts de revenus. Même si ce recours leur a également permis de garder un pied dans ce marché malgré les difficultés. En outre, la ségrégation horizontale et verticale genrée persiste. Souvent les femmes sont surreprésentées dans des emplois précaires et peu valorisés. Cette ségrégation se forme dès le choix des filières d’étude. Ainsi, le plafond de verre reste encore marqué pour des postes de direction ou managériales et ceci dans tous les secteurs.
Enfin, l’organisation urbaine bruxelloise - fondée sur la séparation des fonctions - invisibilise le travail reproductif, son impact spatial et son importance pour le fonctionnement de la ville. En outre, la planification des grandes zones monofonctionnelles et peu intégrées au tissu urbain, renforcent des obstacles d’accessibilité, mixité et d’habitabilité.
Niveau d'Instruction par sexe en Région Bruxelloise de 25-64ans, 2023 - Source : IBSA →

Loisirs, usages collectifs excluants et pratiques différentiées
L’offre culturelle et nocturne se concentre dans les quartiers centraux bruxellois, au détriment des périphéries, moins dotées. Cette distribution inégale accentue les obstacles et difficultés d’accès à la vie sociale, qu’il s’agisse des coûts, des transports, des contraintes horaires ou de la charge de care.
Les productions LGBTQIA+ et racisées se développent principalement dans des espaces temporaires ou communautaires. Par ailleurs, la vie et la mobilité nocturne restent insuffisamment intégrées aux politiques urbaines , malgré le fait que cette mobilité nocturne représente un enjeu central d’égalité. Enfin, certaines pratiques — notamment queer masculines — demeurent invisibilisées ou stigmatisées. De même pour un manque de prise en compte des besoins de sociabilité lesbienne.
Enfin, le maillage conformé par des équipements collectifs restent largement pensés selon des normes masculines. Les infrastructures sportives, les aménagements ludico-sportifs en plein air et l’aménagement des espaces publics, favorisent certains usages au détriment d’autres, contribuant à l’invisibilisation d’une partie de la population et à la marginalisation des pratiques considérés comme « féminines ». La plupart des budgets sportifs sont dédiées pour des infrastructures avec une fréquentation principalement masculine. En raison d’une présence masculine dominante dans les aménagements sportifs publics et collectifs, les femmes et les personnes LGBTQIA+ recherchent de plus en plus une offre en non-mixité qui reste rare à Bruxelles et peu prise en compte dans les politiques publiques.




Pour consulter le diagnostic complet : Gender.mainstreaming.pdf






